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Kenya 2018 – Première semaine

Mardi

Première sortie de bonne heure. Finalement ce n’est pas Dan mais Kevin l’un des gardes du camp qui m’accompagne à vélo. Il me demande combien de kilomètres je veux faire, je lui réponds que 10KM ça serait bien. Selon lui commencer par cinq serait plus raisonnable. Un peu vexé j’accepte car je n’ai pas encore testé la course en altitude. Nous commençons donc à courir en partant du centre en nous enfonçant dans les terres agricoles. Iten et la plupart des villes au Kenya se sont développées autour d’une ou deux routes principales en bitumes, les autres route étant dans le meilleur des cas des pistes en terre ou des chemins cahoteux.

Camion Iten

S’éloigner de ces routes c’est dire adieu à toute technologie occidentale passé un ou deux kilomètres. Nous nous enfonçons donc dans la campagne, ça commence par descendre fort, je suis à peu près à 15km/h, jusqu’ici tout va bien mais très vite je suis rappelé à l’ordre par l’altitude. Au bout d’un kilomètre à peine je suis en hyper ventilation, mes jambes sont lourdes, j’ai exactement la même sensation que lorsque j’ai commencé la course à pied. Pour ne rien arranger nous passons par un chemin de plus en plus boueux et je m’enfonce plusieurs fois dans la boue rouge jusqu’à la cheville. Kevin aussi du mal à suivre à vélo. Impossible de rouler, il doit pousser le vélo qui devient un véritable boulet. Je lui dis en plaisantant qu’il veut tester le Mzungu (littéralement blanc en swahili, c’est comme ça que les kenyans nous appellent). Il rigole aussi puis nous finissons par sortir de ce bourbier.

Je ne suis pas au bout de mes peines, maintenant il faut remonter tout ce que nous avons descendu au début, je suis incapable de garder le rythme et me retrouve à courir à 10KM/h à peine, mon égo en prend un petit coup. Nous arrivons enfin sur Mororia Road, la route principale. Nous montons encore sur le chemin qui longe la route, c’est difficile de respirer correctement mais je prends sur moi. Une fois revenu au centre je regarde ma montre, nous avons parcourus 7 kilomètres à une allure d’à peine 12 KM/h. Pourtant je suis fatigué comme rarement, le manque d’oxygène n’est pas un mythe ! Je suis quand même très content de cette sortie, Kevin est super sympa de m’accompagner et de me montrer les parcours, en plus de ça les paysages sont superbes.

Keelu forest

L’après-midi je profite des vélos qu’il y a sur le camp pour aller faire un tour en « centre-ville », comme expliqué plus haut, tout est concentré autour de l’unique route en bitume. Je cherche la banque pour retirer quelques shillings, je ne peux pas la rater il n’y a qu’une seule route ! Je suis à la fois un peu dérouté et séduit par toute l’agitation et le contraste qu’offre Iten. Les femmes bien apprêtées en talons hauts côtoient les enfants qui marchent pieds nus et les vendeurs de babioles. Chose à laquelle je ne m’attendais pas non plus, tout le monde à un portable et c’est souvent un smartphone. Ce matin nous sommes passés à côtés de deux fermiers pas spécialement bien équipés avec des bottes et des pantalons vétustes, au moment de les dépasser une sonnerie retentit et l’un d’eux a décroché un Samsung flambant neuf !

Iten Main road

Mercredi

7h30, je suis Kevin pour une sortie de 10KM cette fois, nous prenons un autre chemin tout aussi beau, je ne me lasse pas de cette terre rouge et de ce ciel toujours bleu. La sortie se passe un peu mieux mais j’ai toujours cette sensation d’être bridé. Pour la première fois en rentrant j’applique la méthode de récupération kenyane, après avoir pris un petit déjeuner, je me recouche vers 9h pour une sieste. Vers 12 heures je me réveille en pleine forme ! Quelques étirements et un peu de renforcement l’après-midi. Je profite de la tranquillité du camp pour me plonger dans les mémoires de Walter Bonatti, légende de l’alpinisme italien et auteur de nombreuses premières dans le massif de Mont-Blanc, notamment le fameux pilier Bonatti sur la face ouest des Drus. Cela me fait tout de suite relativiser sur mon « aventure » kenyane, ce mec a passé plusieurs jours seul en paroi verticale, sous la neige pour accomplir son ascension, un exemple de courage et de détermination !

Keelu road

Jeudi

Aujourd’hui je me contente d’une petite sortie de 5Km  en solo. L’après-midi je demande à Dennis de m’accompagner pour trouver un coiffeur. Nous allons chez un des ses amis qui me reçoit chaleureusement dans une petite cabane en bois qui fait office de salon. Au mur des photos de rappeurs et chanteurs de RnB avec des numéros. Il me demande de choisir la coupe que je souhaite. Je lui montre une photo de moi avec les cheveux un peu plus courts que maintenant mais pas rasés. Il me répond « ok my friend » et commence à couper mes cheveux avec des ciseaux d’écolier. Au bout de 2 coups de ciseaux j’éclate de rire et comprenant que ça ne va pas le faire, je lui dis de prendre la tondeuse et de faire ce qu’il peut avec le plus grand sabot. Il rigole aussi et me répond qu’il n’a pas l’habitude des cheveux de Mzungu. En 5 min me voilà rasé comme un commando, c’est Chloé qui va être contente quand je vais rentrer en France ! Finalement cela m’aura couté 200 Shilling, soit moins de 2 euros…. Radical mais difficile de faire moins cher !

 

Vendredi

7h30, nouvelle sortie de 11KM, ça va mieux, beaucoup mieux. Je ne courre toujours pas très vite mais c’est à cause du parcours qui comporte plus de dénivelé que les autres jours et du terrain très technique par endroit (j’ai dès le premier jour regretté de ne pas avoir emmené mes chaussures de trail !). En rentrant j’applique toujours la même méthode de récupération en faisant une belle sieste, c’est miraculeux ! L’après-midi je fais un peu de renforcement et passe le temps en lisant et en faisant un peu d’Espagnol avec la super application Duolingo (il n’y pas mieux à mon sens pour réviser une langue avec une application, et en plus c’est gratuit). Il est bientôt 19h et il fait déjà nuit, je mange rapidement et file dans ma chambre. 21h les lumières sont éteintes, j’ai pris le rythme kenyan, commencer tôt pour profiter du jour et ne pas lutter contre la nuit quand elle arrive.

Samedi

J’ai bien récupéré de ma sortie de la veille grâce à un excellent sommeil. Je décide donc de recourir 11Km avec Kevin, maintenant je me sens vraiment très bien, je me permets d’attaquer Kevin dans les côtes quand la pente nous met à armes égales. Je réussi même à le devancer une ou deux fois. Je l’entends souffler sur le vélo derrière moi et ça me rassure, si c’est difficile à vélo c’est normal que je souffre ! Je suis super content de cette sortie car j’ai pu accélérer tout en gardant mon souffle. Encore une fois le dénivelé fait que l’allure globale n’est pas mirobolante mais cela me laisse de bonnes chances pour faire du fractionné sur la piste. Ce matin pas de sieste post entrainement en revanche. Nous allons visiter la Saint Patrick High School à Iten.

Saint Patrik front

C’est un lycée fondé par des frères catholiques irlandais dans les années 50. Ce pensionnat d’environ 1500 élèves a la particularité d’avoir « produit » une dizaine de champions olympiques Kenyans, et plus d’une cinquantaine de champions du monde seniors et juniors ! A tel point que le coach du lycée, Bro Colm, est devenu une légende dans le monde de la course à pied.

St patrik adidas

C’est entre autres grâce à ce lycée que les plus grands champions viennent s’entrainer à Iten. La coordinatrice scolaire nous accueille chaleureusement et nous emmène tout de suite voir le « Hall of Fame » du lycée. Ici course à pied et éducation sont intimement liés pour le meilleur. Nombreux sont les jeunes kenyans issus de milieux modestes qui peuvent recevoir une éducation de qualité dans la plus pure tradition britannique grâce au sport. Cela me rappelle ma propre scolarité, j’étais aussi interne dans une institution de ce type et cela m’amuse beaucoup de retrouver énormément de points communs avec mon lycée en plein milieu de l’Afrique. Les terrains de sports, les dortoirs, le réfectoire et la chapelle… Je retrouve même jusque dans les différents groupes d’élèves des points communs avec mes anciens camarades. Il y a le rêveur qui fait une sieste en plein sur le socle d’une statue de Saint Patrick, les rebelles qui ne portent leurs uniformes que partiellement, les sportifs à l’écart en train de jouer au basket ou encore la cohue à la pause déjeuner pour manger en premier ! Pleins de souvenirs me reviennent et c’est vraiment très drôle.

élèves saint Patrik
Pour manger il faudra être patient!

Dans l’après-midi Sylvain un autre stagiaire arrive sur le centre, son bagage a malheureusement été perdu pendant le vol et n’arrivera que mardi. Nous allons donc en ville pour qu’il puisse acheter de quoi courir. Il n’y a que deux vélos sur le camp et nous avons besoin de Dennis pour nous accompagner. Nous prenons donc un Matatu, ce sont des minibus qui font office de transports publiques, la particularité c’est qu’ils font en permanence le même trajet et s’arrêtent dès qu’on leur fait signe, le système est plutôt efficace car on n’attend jamais plus d’une minute ! En revanche il faut faire des concessions, nous nous retrouvons à quatre sur la minuscule banquette arrière qui est faite pour deux. En tout nous devons bien être 15 dans ce minibus 8 places ! Nous arrivons alors dans la boutique de sport qui vend chaussures et accessoires. Le choix est assez diversifié ! Plus que ce à quoi je m’attendais pour être honnête. En revanche la présentation est comme sur les marchés, en vrac. Toutes les chaussures sont sorties de leur boites et rangées par deux dans des vitrines ou sur des étagères. Les prix défient toute concurrence et il est fort possible que je reparte avec une paire (encore une !) avant la fin de mon séjour.

Dimanche

7h30, Sylvain veut aller courir et Kevin est en repos. Je l’accompagne mais à vélo car j’ai déjà fait une bonne semaine d’entrainement et je souhaite être d’attaque pour la semaine prochaine ! Après environ 8Km tous les deux je laisse Sylvain au camp et repars me balader à vélo afin de faire un peu de volume. J’ai vu sur internet un parcours que les kenyans affectionnent particulièrement pour les séances de fartlek (fartlek signifie jeu en suédois et cette séance consiste en des accélérations plus ou moins longues mais uniquement basées sur les sensations et non sur une vitesse ou une distance définie comme pour une séance de fractionné classique). Je prends la direction du Keelu Resort, un hôtel appartenant à l’ancien recordman du monde du marathon Wilson Kipsang. De toute façon c’est très simple à Iten les centres d’entrainement, les hôtels ou les restaurants appartiennent soit à d’anciens champions ou à des européens. Je me retrouve au bout de quelques kilomètres sur une magnifique piste en terre rouge en bon état et longue d’une dizaine de kilomètres. C’est assez plat à l’exception de quelques bosses, dans les montées je fais la course avec les enfants. A un moment je m’arrête pour faire essayer mon vélo à une petite fille et ses deux petits frères. C’est un vrai bonheur de les voir éclater de rire et sourire jusqu’aux oreilles en montant sur le beau vélo rouge.

Après 15 minutes passées à rigoler avec eux je repars et profite des descentes pour faire des pointes à 40-45KM/h c’est un vrai régal. Sur le chemin du retour je commence à faire quelques virages dans une descente comme si j’étais en ski. Très mauvaise idée, je chute lourdement à pleine vitesse et glisse sur plusieurs mètres. Je pousse un cri de douleurs et quand enfin je m’arrête mon short et mon t-shirt sont complètement déchirés et j’ai très mal à la paume de ma main droite ainsi qu’au coude droit. J’ai du sang un peu partout mais rien à la tête, heureusement car je ne porte pas de casque…

Je suis encore à une dizaine de kilomètres du camp et je me mets en mode pilote automatique pour rentrer. Pas question de rester là au milieu de nulle part, je préfère ne pas regarder en détail ce que j’ai, je peux pédaler et bouger mon bras, c’est déjà pas mal. Le chemin du retour est long très long, Une fois arrivé au camp je regarde plus en détail ce que j’ai avec Sylain et le bilan n’est pas terrible, je suis ouvert à deux endroits sur le coude assez profondément et ait perdu un bout important de chair sur la paume de main droite… Direction l’hôpital d’Iten pour me faire recoudre et nettoyer les plaies pour éviter une infection. Nous nous rendons à l’hôpital en taxi moto car il n’y a pas de Matatu le dimanche. La devanture est toute neuve, on dirait que le portail vient d’être peint. En revanche pour le reste le bâtiment de plein pied est dans un état de délabrement avancé. La peinture se décolle de murs et les rigoles d’évacuation d’eau contiennent une boue rougeâtre avec des la mousse suspecte par endroit… Je fais attention de ne toucher à rien et laisse Dennis ainsi que le chauffeur du taxi moto expliquer d’abord à la secrétaire puis à l’infirmière puis au médecin enfin ce qu’il s’est passé. Ensuite Dennis doit partir avec le chauffeur pour acheter un anti-douleur que l’on va m’injecter avant de nettoyer la plaie. Après une longue attente durant laquelle j’ai la tête qui tourne et l’envie de vomir, c’est enfin mon tour.

en attendant d'être recousu
Clairement pas au top de ma forme!

Le docteur me reçoit du mieux qu’il peut dans le cabinet pas très propre, il me fait ressortir au bout de deux minutes pour tout nettoyer et minimiser les chances d’infecter ma plaie. En discutant un peu avec lui (par chance il parle plutôt bien anglais), je prends conscience qu’il a surement eut par le passé des expériences difficile avec des patients blancs méprisants. Quand je lui demande par curiosité ce qu’il va utiliser pour nettoyer ma plaie il se vexe et m’explique qu’il a reçu une formation de qualité avec les mêmes standards qu’en Europe etc… Je lui explique tout de suite que je lui fais confiance et que je suis simplement curieux, il se détend un peu et nettoie mon bras avec du sérum physiologique d’abord puis avec de la bétadine. Il injecte un anesthésiant directement dans les deux plaies de mon coude pour pouvoir recoudre sans que je saute au plafond.

Je commence à avoir la nausée en sentant qu’il a du mal à faire rentrer l’aiguille dans ma peau. Heureusement ça ne fait pas trop mal…. Une fois les deux plaies recousues il m’explique que le bout de chair arraché sur ma paume l’empêche de me recoudre. Il réalise donc un bandage avec précaution. Je remercie grandement le médecin avant de repartir, ainsi que tout le personnel, ce n’est pas ici la volonté de bien soigner les gens qui manque et ce ne sont pas non plus les compétences, ce sont les moyens… Quand on pense que le Kenya fait partie des pays « riches » en Afrique…

Nous repartons à trois sur le taxi moto, ce n’est pas ce qu’il y a de plus raisonnable mais il faut être pragmatique, c’est ça ou une heure de marche en plein soleil!

Taxi moto

L’après midi le moral est bon, j’ai eu peur pendant un moment de devoir rentrer en France pour me faire soigner… Finalement plus de peur que de mal, je vais me faire enlever les points dans une semaine et je dois bien prendre soin de ma paume pour que la plaie reste saine jusqu’au changement de pansement mardi. Je n’ai par miracle presque rien aux jambes, j’espère pouvoir recourir mardi si le docteur n’y voit pas de problème.

Bilan de cette semaine riche en expériences en tous genres :

  • 48 kilomètres de course
  • 60 kilomètres de vélo
  • Une nouvelle coupe de cheveux
  • 4 points de suture.

J’ai hâte d’être mardi, je vais profiter de lundi pour me reposer, et revenir avec des jambes neuves. Le moral est bon et j’ai maintenant Sylvain avec moi pour me motiver, il vaut 1h19 sur semi, un très bon chrono par rapport à moi qui vaut 1h30, on pourra quand même faire quelques belles sorties ensemble je pense ! Vivement mardi, j’espère vraiment pouvoir courir sans que cela soit un problème pour mon bras !

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