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Kenya 2018 – Troisième Semaine et derniers jours

Lundi

Ce matin je me réveille à 7h00, le temps de prendre une douche et de boire un peu d’eau puis à 7h30 déjà c’est l’heure d’aller courir. Aujourd’hui j’ai les crocs. Ma sortie de Samedi a été laborieuse, j’ai arrêté au bout de 16KM à cause de la pluie et de la boue. Aujourd’hui le temps est couvert mais pas de pluie depuis hier soir, je vais enfin pouvoir me donner à fond.

Hier nous avons visité le parc National de Nakuru, j’ai passé la journée assis dans la voiture, les jambes sont reposées et il ne reste plus qu’à les faire travailler !

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Nakuru Natiional Park

Dès le départ je me sens très bien, en sortant du centre pour rejoindre la route nous devons prendre une côte d’environ 500M, la piste n’est pas en très bon état et ça demande tout de suite de la concentration, il faut poser le pied au bon endroit sinon c’est la glissade ou la chute assurée. Une fois que nous avons rejoins la route ça descend. Ma séance consiste en un aller-retour de 20KM. Sur l’aller je vais devoir passer quelques côtes mais le centre d’entrainement étant situé au sommet d’une petite colline, 70% du dénivelé positif sera concentré sur le retour. Je profite donc de cette première partie de parcours descendante pour me laisser aller dans les descentes, cela me permet d’avoir un bon rythme, je traverse Iten, puis je ressors en direction de la forêt de Singore. Au 8ème kilomètre j’arrive à la côte à partir de laquelle j’ai rebroussé chemin samedi. Cette fois-ci je l’attaque de front, en essayant de garder le rythme du mieux possible. Tout de suite après ça redescend, puis ça remonte encore aussi fort. Je commence à me faire du souci car il va falloir remonter toutes ces côtes sur le retour ! J’arrive dans une partie beaucoup plus calme que ce que j’ai pu voir jusque-là, le paysage devient montagneux, les nuages défilent au-dessus des petits sommets que j’aperçois de l’autre côté de la vallée du rift. Au dixième kilomètre je fais demi-tour comme prévu. Maintenant commence la course contre la montre et contre le dénivelé. J’aimerais bien faire cette sortie de 20KM autour des 12KM/H soit 5min/KM. Une fois les deux côtes passées dans le sens inverse commence un faux plat long de 4-5 kilomètres, j’arrive à maintenir l’allure autour des 5min/KM. Puis arrive la partie finale, je repasse dans Iten et attaque une série de 3 côtes pas très impressionnantes individuellement mais qui mises bout à bout représentent la dernière difficulté de mon parcours. J’y laisse quelques plumes, j’ai beaucoup ralenti dans les deux dernières côtes, en essayant de limiter la casse dans les descentes. Puis une fois la dernière côte passée je me lance dans une course contre la montre. Il reste 2 kilomètres et mon allure moyenne est de 5min 05sec par kilomètre. J’accélère pour récupérer le maximum de temps. Dans la dernière descente de la dernière petite côte qui mène au centre je me laisse descendre comme en trail. Enfin j’arrive devant le portail. Je regarde ma montre, 20KM à 5min 03sec de moyenne. Je ne m’en tire pas trop mal compte tenu des 260M de dénivelé positif. La semaine prochaine j’essayerai de maintenir cette allure sur une sortie de 25 ou 30 kilomètres en fonction de mes sensations.

L’après-midi j’en profite pour me reposer, la vie au Kenya est très tranquille, je fais la sieste, regarde un peu la télévision et vais faire changer mon pansement à l’hôpital. 18h40 la nuit tombe, après un dîner rapide je vais me coucher. L’altitude et les séances d’entrainement sont épuisantes, 21h30 je m’endors profondément.

Mardi

7h30, petite sortie aujourd’hui, la séance d’hier a laissé des marques je préfère ne pas forcer et fais donc un footing de 10KM dans Iten.

L’après-midi je me rends à l’hôpital pour me faire retirer mes points de suture, ce n’est pas très douloureux. En revanche la plaie de ma main droite n’a toujours pas très bon aspect. L’infirmière la nettoie de nouveau et refait mon bandage mais j’ai l’impression que cela ne suffit plus, je demande à voir le docteur le lendemain.

Mercredi

La séance de lundi est maintenant passée, je sens que j’ai de nouveau des jambes et je décide de partir pour une séance de Fartlek 20 x 30/30. La séance se passe bien, je pars avec Aurelio un nouveau stagiaire qui est arrivé hier sur le centre. La piste de Keelu offre vraiment un endroit idéal pour courir, le sol est plat avec peu de cailloux, la piste est large avec peu de voitures, ces dernières ont l’habitude des coureurs et font donc plus attention que sur les autres axes d’Iten. Notre séance se termine sous la pluie, je couvre ma main blessée avec mon t-shirt pour éviter de mouiller le bandage.

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Devant le Tahri Athletic Center

L’après-midi je me rends à l’hôpital, le docteur me reçoit dans son cabinet avec ses trois internes. Ils sont très surpris que je parle anglais, ils m’expliquent en plaisantant que la plupart des français qu’ils ont rencontrés parlaient très mal anglais. Je leur explique que j’ai étudié un an en Amérique du Nord ce qui explique que je me débrouille dans cette langue. Le docteur recommande de laisser la plaie à l’air libre pour qu’elle puisse sécher et cicatriser correctement. Il me prescrit une pommade antibiotique à appliquer une fois par jour et me demande de revenir le lendemain pour suivre l’évolution.

Jeudi

Aujourd’hui la séance s’annonce compliquée j’ai des pointes dans les deux tibias et un début de crampe au mollet avant même de commencer ! N’est pas Kenyan qui veut ! Avec Pierre (un autre stagiaire arrivé hier) et Aurelio nous partons pour un footing d’une heure, direction le point de vue en bas d’Iten juste avant la descente sur la vallée du Rift. La vue est magnifique malgré le brouillard qui empêche de voir l’ensemble de la vallée. Je me promets de revenir un jour de beau temps pour prendre quelques photos, c’est impressionnant !

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Le bas d’Iten et son panorama sur la vallée du rift

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Jeudi après-midi je retourne voir le médecin, la plaie sèche doucement, je dois continuer à appliquer la pommade antibiotique chaque soir mais l’évolution est de nouveau positive.

Jeudi soir je fais l’erreur de me lancer dans une nouvelle série, Suits. J’accroche tout de suite et c’est parti pour 5 épisodes d’affilée ! J’aurais mieux fait de commencer le deuxième bouquin que j’ai amené, mais bon ça me fait du bien de ne pas trop réfléchir de temps et temps et puis c’est l’occasion de travailler mon anglais (enfin c’est ce que je me dis).

Vendredi

Toujours mal aux jambes mais je pars pour 20 X 1min/1min. Dès le début je sens que ça en va pas le faire, je me ravise donc et transforme ma séance en 5 X 1min/min 20 min de footing et de nouveau 5 X 1min/1min. Sur le parcours je croise un groupe de Kenyans suivi par leur coach en voiture, c’est Ken Kebbeth, il nous a déposé dans Iten la semaine dernière lorsque l’on attendait un Matatu avec Dennis. En rentrant de ma séance j’ai un peu le moral dans les chaussettes. Je me repose toute la matinée et une bonne partie de l’après-midi pour pouvoir bien terminer ma semaine d’entrainement demain.

Après avoir mangé, direction l’hôpital de nouveau. Comme souvent avec Dennis nous prenons un taxi-moto. Aujourd’hui la police contrôle les véhicules à l’entrée d’Iten. En théorie les taxi-moto doivent porter un gilet jaune ou rouge ainsi qu’un casque (étrangement ce n’est pas obligatoire pour les passagers !). Je suis surpris de voir que beaucoup de motos et même certaines voitures empruntent le chemin en terre qui longe la route, dans le but d’éviter le barrage. Bizarrement la police ne se soucie pas de tous les véhicules qui passent par ce chemin, à 10M à peine de la route ! Il faut dire que les policiers ont déjà fort à faire avec tous les contrevenants qui pensaient passer au travers du contrôle.

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La station service d’Iten, vous pouvez aussi y acheter du Kerozen !

Samedi

Je suis Aurelio dans sa sortie, elle consiste en 30 min de footing puis 15 minutes à 12KM/H et enfin 15 minutes à 13KM/H. Sur le début pas de problème, nous prenons la route en direction d’Iten, puis au moment de remonter vers le centre-ville nous prenons à gauche pour retomber sur les alentours du camp. Par chance les chemins sont secs et relativement plats. Les 15 minutes à 12KM/H passent sans trop de difficultés. C’est autre chose pour les 15minutes à 13KM/H, j’ai du mal à tenir le rythme et les côtes ne m’aident pas ! Aurelio commence à prendre de l’avance, j’essaye tant bien que mal de m’accrocher mais cela ne marche pas, je suis peu à peu distancé.  Si je suis maintenant bien acclimaté à l’altitude, je mesure quand même le niveau de difficulté que cette dernière implique. A Paris je cours plus d’une heure trente à 13KM/H sans trop de soucis. Ici c’est une autre histoire !

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le début de la route menant au Tahri Athletic Center

Je commence à avoir hâte de rentrer en France pour pouvoir tester les effets de mon stage, encore un peu de patience et quelques entrainements bien corsés puis ce sera le moment de vérité lors du 10KM Adidas le 10 Juin !

Dimanche

Aujourd’hui repos, pas de course à pied, seulement une longue balade avec Aurelio et Pierre. Nous marchons jusqu’à Iten et jusqu’au point de vue donnant sur la vallée du Rift. Il faut beau mais pas très chaud, environ 15 degrés. Le point de vue est magnifique, une légère brume nous empêche de voir clairement le fond de la vallée mais on peut apercevoir les plateaux intermédiaires.

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Rencontre avec des futurs champions!

Lundi

Cette nuit impossible de dormir, c’était la pleine lune, je ne sais pas si ça a un impact mais ça m’empêche de m’entrainer le matin comme prévu, du coup je reporte mon fractionné à ce soir. J’en profite pour regarder la fin de la saison deux de Suits (déjà !). Je me promets de m’arrêter là et de commencer mon deuxième livre, un recueil de témoignages de sportifs de haut niveau, notamment sur l’effet de leur pratique sportive dans les autres aspects de leur vie quotidienne.

16H je me motive pour aller courir, je pars en direction de la piste de Keelu pour faire une séance de 30/30. Les premières répétitions se passent bien, puis ça commence à monter et descendre et là ça devient compliqué. Je commence à avoir l’habitude de ce parcours, je ne regarde plus vraiment les allures, je me contente de tout donner à chaque répétition. Je sais que l’objectif du 30/30 est d’être le plus régulier possible pour habituer les muscles à s’oxygéner à une vitesse plus élevée que ce qu’ils savent faire (augmenter la VO2MAX ou VMA en répétant des efforts intenses mais courts). Ici c’est juste impossible pour moi en raison du terrain. Je me dis que faire mes répétitions à fond me fera plus progresser que de chercher à être régulier. Une fois rentré à Paris j’aurai tout le temps de faire ces séances sur un parcours plat ou autour d’une piste. Une fois mes répétitions terminées j’accuse un peu le coup, c’est un effort extrêmement difficile, surtout sur les dernières répétitions, déjà 17 ou 18 répétitions dans les jambes et ça remonte sur cette fin de parcours. Autant dire que mes dernières répétitions sont lentes, très lentes mais aussi très difficiles. Je me contente ensuite de trottiner jusqu’au centre pour terminer cette séance difficile.

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Dennis, le Kenyan le plus sympa que j’ai rencontré!

Mardi

Encore une nuit difficile je décide de ne pas aller courir ce matin mais cet après-midi. Je profite de cette matinée libre pour aller à l’hôpital une dernière fois avant de repartir. Sur le chemin nous croisons comme d’habitude de nombreux animaux sur le bas-côté de la route. Vaches, poules, moutons, chèvres etc… Je remarque un mouton allongé dans l’herbe d’une façon un peu étrange, lorsque nous passons à côté je me rends compte que c’est une femelle en train de mettre bas ! Les kenyans assis sur le pas de la porte juste devant ne semblent pas plus perturbés que ça. Une fois arrivé à l’hôpital, je rencontre une nouvelle fois le médecin qui examine ma main. Il est très content du résultat, la plaie était très profonde au départ. Cela prendra encore un peu de temps pour cicatriser complètement mais la plaie est maintenant fermée, c’est déjà ça ! Je le remercie en lui donnant un peu d’argent, l’équivalent de 10 euros, il tient à ce que nous prenions une photo souvenir dans le cabinet j’accepte avec plaisir et demande à Dennis de me prendre en photo avec le médecin aussi.

L’après-midi je me lance dans une séance de rythme, je pars en direction d’Iten mais au lieu de traverser le village comme à mon habitude je prends à gauche pour retomber sur les chemins de terre rouge qui sont parfaitement secs aujourd’hui. Mon objectif est de refaire le même parcours qu’avec Aurelio mais en essayant de mettre un peu plus de rythme cette fois. Le début se passe bien, le profil est plutôt descendant. Jusqu’au 8ème KM tout se passe bien. Puis ensuite vient la seconde partie de la boucle qui concentre presque tout le dénivelé positif. Sur le retour je m’efforce donc de rester autour des 12KM/H, j’y arrive globalement bien sauf sur une partie très pentue ou je concède un kilomètre en 6 minutes soit 10KM/H. Au global je termine ma boucle de 14KM à une vitesse moyenne de 12,3KM/H pour 160M de dénivelé positif. Difficile de comparer avec le même parcours au niveau de la mer. Cependant je pense que je me suis quand même amélioré depuis le début de mon stage, j’ai hâte de pouvoir tester les progrès réalisés.

Mercredi

Dernier jour, je dis au revoir à toute l’équipe du centre et file en direction d’Eldoret avec un Matatu privatisé. La route se passe bien et je suis rapidement à l’aéroport, un peu trop rapidement même. Reste 3 heures à attendre l’avion… J’en profite pour lire et m’occupe comme je peux avec les réseaux sociaux. Le vol se passe bien, je commence à recroiser quelques blancs, ça me fait un peu bizarre. A Iten je croisais des occidentaux tous les deux ou trois jours à peine, une fois arrivé à Nairobi c’est presque déjà le retour à la maison ! Le chauffeur du AirBnB que j’ai réservé vient me chercher à l’aéroport et me conduit dans un compound tout proche, nous mettons tout de même 25 minutes pour y arriver à cause des embouteillages et de la qualité de la route parfois exécrable.

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Sahaï le chef du centre d’entraînement

Une fois arrivé à l’appartement je rencontre Alfrique qui gère la maison composée de 4 chambres. Il m’explique qu’il a commencé par accueillir des gens chez lui puis voyant le besoin pour des chambres ou appartements à proximité de l’aéroport et à des prix raisonnables, il a monté un petit business.

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Je ne me lasse pas de ces petits avions, on s’y sent très bien malgré le bruit du moteur

 

Alfrique est vraiment hyper serviable et sympa, la maison n’a aucun charme particulier et propose un confort sommaire mais tous les avis sur internet étaient excellents, je ne peux que confirmer tous ces avis. Le soir je demande à Alfrique si il peut m’accompagner dans un centre commercial pour acheter des chaussures de running (je souhaiterai profiter des tarifs plus avantageux ici), l’atmosphère de Nairobi n’est pas très rassurante et je préfère être accompagné. Il n’y a pas de raisons qu’il se passe quoi que ce soit mais je préfère ne pas y aller seul. Nous partons donc à deux motos en direction du centre commercial le plus proche. Le chemin pour y aller est étonnant pour le petit européen que je suis. La route est défoncée (avec des trous de parfois 50cm de profondeur) alors que nous sommes en plein centre-ville. Il fait nuit mais les rues grouillent de monde, comme un lundi matin à la station saint-Lazare ! Nous traversons des quartiers populaires, les rues sont jonchées de détritus et les caniveaux dégagent une puanteur insupportable. Nous traversons un pont et je devine une rivière mais les berges sont entièrement recouvertes de déchets plastiques. La misère ici est bien plus visible qu’a Iten. Encore une fois je ne porte pas la misère du monde sur mes épaules mais ça fait quand même mal au cœur de voir cette population si jeune et ces conditions de vie… Nous arrivons au centre commercial qui est un havre de richesse au milieu de ces quartiers. Il y a des gardiens à l’entrée du parking et de belles voitures garées à l’extérieur. Le centre commercial n’a rien de particulier, c’est exactement pareil qu’en Europe ou aux Etats-Unis. Malheureusement le magasin de sport est fermé, les chaussures à prix cassé ce sera pour une prochaine fois ! En rentrant dans ma chambre je réfléchis un peu à ce que je viens de voir, ça m’aide à mieux apprécier ce que j’ai, je prends conscience qu’entre guillemets « rien ne peut m’arriver » comparé à ce que les Kenyans vivent (et encore le Kenya est un pays aisé d’Afrique !). Le lendemain matin j’embarque dans l’avion direction Paris. Je ne sais pas si c’est parce que je voyage avec Air France mais dans l’avion je me sens un peu déjà à la maison. Plus rien de nouveau, que des choses habituelles.

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Déjà un peu à la maison quand je monte dans cet avion.

Ce voyage aura vraiment été une expérience unique en son genre pour moi, je suis content de rentrer car c’est difficile d’être confronté à ce mode de vie et à la misère pendant un mois, cependant je sais déjà que retournerai en Afrique de l’Est et très probablement au Kenya. Il y a tant de choses et de personnes magnifiques à découvrir ici.

 

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