Compte-Rendu

Marathon du Mont-Blanc 2018 : Mon premier « vrai » Trail

Une course qui s’annonce difficile !

Nous sommes samedi soir et je termine mon sac pour le marathon du Mon-Blanc. J’ai décidé de dormir au centre UCPA d’Argentière qui proposait aussi un stage de reconnaissance du parcours. Je n’aurai pas à gérer la logistique d’avant et après course (où déposer les bagages, comment se rendre au départ etc…).

C’est tant mieux car les conditions de course s’annoncent compliquées, on annonce 30°C en fond de vallée à partir de 10H et un peu plus de 20°C à 2000 m, le départ étant à 7H du matin, je serai tranquille sur la première partie mais la seconde partie sera un vrai four!

Autre difficulté, je n’ai plus de chaussures de trail! Je suis allé faire un footing léger pour me dégourdir les jambes et j’ai troué mes chaussures de trail déjà assez fatiguées. Il est 19h30, impossible d’en acheter de nouvelles avant demain matin…. Je ne sais pas trop quoi faire, j’ai une autre paire de chaussure de sport que j’utilise pour courir sur route mais à la base ce sont des chaussures de CrossFit! Aucun amorti, pas de crampons, bref pas top! Je décide quand même de courir avec ça car mes chaussures de trail sont vraiment trop abimées, je risquerai de me couper les pieds dans les graviers ou sur des rochers pointus.

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Pour le sac je fais au plus simple, je me contente du matériel obligatoire (veste imperméable, couverture de survie, gobelet réutilisable pour les ravitos, réserve d’eau de 50cl et téléphone portable en état de marche), quelques pâtes de fruit pour les ravitaillements, ça fait déjà beaucoup de poids et je pense sérieusement à investir dans du matériel ultralight un de ces jours.

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Départ canon dans le plus beau des cadres

Il est 6 heures 45 du matin mais la place du triangle de l’amitié en face de l’église de Chamonix est déjà pleine. Les coureurs sont déjà là pour la plupart sauf Kilian Jornet qui prendra place exactement 45 secondes avant le départ et ça lui réussira plutôt bien puisqu’il terminera premier avec plusieurs minutes d’avance! Voir ce mec revenir de blessure et gagner « comme d’habitude » pour la cinquième fois en autant de participations c’est fatiguant mais aussi inspirant. 7 heures le départ et donné,  c’est parti pour quelques kilomètres dans les rues de Chamonix, l’ambiance est complètement dingue! Il y a des gens sur toute la partie en ville, je pars vite, boosté par la foule et la musique. Je suis à 14-15 KM/H sur les trois premiers kilomètres, je discute avec un autre coureur qui a le même rythme, il s’appelle Simon et vient de…. Chamonix. On sympathise bien mais il continue à accélérer, je suis déjà bien dans mon rythme, je le laisse partir.

Première montée

Nous sommes maintenant sorti du centre de Chamonix depuis quelques kilomètres, nous suivons une large piste 4X4, ce n’est pas encore le décor de rêve que l’on peut admirer sur les photos mais ça à le mérite de laisser ceux qui veulent doubler de le faire, la course est assez fluide pour le moment. C’est tant mieux car mon inquiétude principale est de me retrouver coincé derrière des coureurs partis trop vite. Nous arrivons dans la première montée, ce n’est pas encore trop raide mais je sors mes bâtons, j’ai décidé de les prendre alors autant les utiliser au maximum! Ce sont les bâtons de l’UCPA, des Leki en aluminium assez bien construits mais dépourvu de système pour les déplier facilement. Je mets un peu de temps à les régler à la bonne taille, je dois marcher pour serrer correctement les deux bagues et ça me fait perdre une vingtaine de place en un rien de temps. Je décide de ne plus les ranger jusqu’à la fin du marathon. Cela me ferait perdre trop de temps et surtout ça engendrerai de la frustration inutile (au bout de plusieurs heures d’effort ma dextérité sera plus proche de celle d’un gamin de 6 ans avec des moufles). La montée se passe bien, puis le parcours se transforme en un single track assez sympa et en plein milieu de la forêt. Enfin la première vraie montée se montre, c’est un gros raidillon au niveau du village d’Argentière. Maintenant la plupart des coureurs se mettent à marcher. j’essaie d’alterner marche et course mais je suis forcé de prendre le rythme de mes concurrents. Ce n’est pas plus mal car il reste encore un bon bout de chemin à parcourir!

Première descente

Après la première montée vient forcément la première descente. J’en profite pour reprendre quelques places, je n’ai pas grand intérêt pour les classements mais porter mon attention sur ça me permet de rester concentré. Nous arrivons au hameau de Tré-Le-Champ, la route passe tout près du parcours et il y a beaucoup de spectateurs, ça fait du bien! Pour l’instant la course n’est pas difficile, il reste encore beaucoup de dénivelés à grimper et de distance à parcourir mais ça fat toujours plaisir d’être encouragé! Nous passons ensuite au Col des Montets à 1460m pour descendre de l’autre côté en direction de Vallorcine, tout près de la frontière Suisse.

Vallorcine et montée aux Posettes

Nous arrivons à Vallorcine, la descente m’a un peu retourné l’estomac, je prends mon temps au ravitaillement pour remplir mes flasques et manger une première pâte de fruit. Je regarde ma montre 18KM en 1H43 pour un peu moins de 800 D+. C’est rapide! Le parcours du marathon est trompeur, j’ai beau avoir fait presque la moitié de la distance je suis très loin d’être arrivé, il reste encore 2000 D+ à gravir et le terrain qui jusque là était facile (sentiers réguliers et assez droits) va bientôt se muer en un mélange de pierres et de racines assaisonnés de soleil brûlant et de lacets des plus tortueux. Je suis en fait à moins du tiers de ma course mais j’en suis complètement conscient et mes sensations sont bonnes. A la sortie de la tente de ravitaillement c’est l’effervescence, les suisses sont venus en nombre pour faire honneur au marathon qui passe tout près de la frontière. Le son des cloches est presque assourdissant, j’en ai bien besoin car ça monte très très fort en direction du col des Posettes. Un peu plus loin la pente redevient plus clémente et je peux de nouveau alterner course et marche. La fin de la montée sur la piste 4X4 qui mène au col se fait longue. Je prends sur moi et profite du ravitaillement et des bénévoles adorables pour admirer un peu le paysage pendant que l’on me rempli mes flasques. Je ne m’attarde pas, je suis encore bien malgré les 1000 D+ que je viens de prendre depuis Vallorcine alors je ne traîne pas. J’arrive bientôt au sommet de l’Aiguillette des Posettes, le point culminant du parcours avec 2200M d’altitude. 24KM de course avalés en 2H56 pour 1800 D+ tout va pour le mieux, je suis au taquet même si c’est difficile.

Descente des Posettes – Montée et Descente du Béchar – Remontée vers la Flégère

La descente des Posettes en direction du village du Tour commence difficilement, je n’ai pas de sensations, moi qui d’habitude aime descendre comme un fou à la limite de la maitrise en faisant des grands sauts et en coupant tout droit dans les lacets. Je suis dans un faux rythme, trop fatigué pour descendre à fond je m’efforce de trottiner. Au bout de cinq minutes de descente j’aperçois un coureur étendu dans un pierrier, tout le monde le contourne parfois sans même un regard, je m’arrête à côté du gars qui s’est vraisemblablement cassé la clavicule. Le mec est au fond du gouffre mentalement mais pas en danger, je m’assure qu’il a de l’eau sur lui et que les secours ont été prévenus. Difficile de lui remonter le moral, il me demande de repartir et dis que ça ne sert à rien de rester avec lui, il a raison, je ne peux rien pour lui alors c’est ce que je fais sans tarder. Il commence à faire de plus en plus chaud au fur et à mesure que je descend. Nous sommes maintenant autour des 1600 M d’altitude, le sentier découvert se transforme peu à peu en sous-bois, il ne fait pas plus frais pour autant mais l’ombre est quand même plus appréciable que le soleil qui tape fort. Un peu avant d’arriver au Tour je me retrouve tout seul, pas un bruit, pas un spectateurs depuis 5 minutes, pas un gars devant ni derrière, je commence à penser que je me suis trompé de chemin! Pourtant je connais bien le coin et le chemin que je suis mène bien au village du Tour. Je continue donc et finit par retrouver un groupe de coureur épuisés par la chaleur en train de s’asperger avec l’eau d’un abreuvoir. Je trempe ma casquette dans l’eau fraiche et continue mon chemin, le groupe m’emboite le pas. Tout d’un coup je me sens très faible, impossible de courir, le faux plat montant m’oblige à marcher et je dois pousser fort sur mes bâtons pour ne pas perdre le rythme. Je sens l’hypoglycémie venir et je décide de faire un mini-break de 3 minutes pour manger une pâte de fruit et boire. Je me fais tout de suite doubler par le groupe. Ma stratégie est cependant payante, je les rattrape tous un par un avant d’arriver sur le ravito du Tour situé 3 KM plus loin.

Arrivé au ravitaillement du Tour je bois un coup et profite d’une table de massage pour enlever le pansement que j’ai sous le pied. Avant la course j’ai mis un bandage adhésif aux endroits ou j’ai habituellement des ampoules. Pour le moment pas d’ampoule mais je sens que ma peau chauffe. Une podologue qui aide les coureurs vient gentiment me proposer de l’aide. Elle me badigeonne le pied de crème NOK, puis en remet une couche une fois que j’ai remis ma chaussette! Je n’en ai jamais mis autant! Si la sensation est un peu bizarre cela semble toutefois fonctionner.

Montée 1

Je repars en direction du Béchar, une « petite bosse » avant la Flégère. La course devient maintenant très difficile pour tout le monde, dans les marches naturelles de la montée il devient extrêmement pénible de se hisser. Cela n’en finit pas et je commence pour la première fois à avoir sérieusement envie de m’arrêter pour me reposer. D’expérience je sais que cela ne sert à rien, si ce n’est à perdre du temps. Je suis sur un marathon, pas un ultra-trail, je peux me permettre d’aller jusqu’à l’épuisement étant donné qu’il ne reste que 14KM et 800 D+ à parcourir. Je ne dois pas aller beaucoup plus vite qu’un randonneur maintenant, j’ai déjà bu presque toute mon eau alors qu’il reste encore pas mal de temps jusqu’à la Flégère. Heureusement je connais bien le parcours et il y a un torrent plus loin où je pourrai me ravitailler. Dans la descente du Béchar qui est très technique en raison des racines et de la pente très raide, je double Simon le Chamoniard, qui a des crampes. Je lui souhaite bonne chance et continue ma descente. Le rythme est bon, meilleur qu’à la montée en tous cas, je reprends quelques coureurs qui sont passés devant à la montée. Vraiment ça m’est égal de finir avec trois places de plus ou de moins, mais pendant la course me battre contre un adversaire est beaucoup plus facile que de me battre contre mon corps qui me demande pourquoi je lui inflige tant de souffrances. Une fois la descente terminée s’annonce la dernière « terrible » montée vers la Flégère. Il n’y a rien de réellement difficile dans cette montée, si ce n’est la fatigue et la dernière partie très aride sur une large piste 4X4. On voit le ravitaillement pendant un long moment avant de pouvoir enfin l’atteindre, c’est difficile mentalement.

Enfin le ravitaillement de la Flégère, je me fais asperger d’eau froide par une bénévole, deux minutes plus tard je suis sec et j’ai de nouveau trop chaud. Je mange un peu et repars en direction de Plan Praz, l’arrivée du marathon.

La Flégère – Plan Praz

Le chemin de la Flégère jusqu’à Plan Praz consiste en un long balcon de 5-6 KM, quelques petites montées et descentes mais rien de bien méchant…. en temps normal! Je suis cuit, je pousse tellement sur mes bâtons que j’ai des crampes aux triceps! Dans les pierriers je vacille de gauche et droite, me rattrapant plusieurs fois in extremis. Je me tords les deux chevilles mais je vais tellement lentement que je ne me fais pas trop mal, ou peut-être que je ne sens plus rien? Mon cerveau en aurait-il marre de mes conneries de trail? Bref j’ai l’air d’un pitre mais je m’en fiche, la seule chose que je veux maintenant c’est finir!

Cette dernière partie du parcours est accessible en téléphérique et l’on retrouve de nombreux groupes de randonnée, surtout des japonais et des anglais. Si les premiers sont un peu surpris de croiser des coureurs parfois à la limite de l’agonie, les seconds font honneur à leur culture anglo-saxonne, les encouragements pleuvent à chaque fois que je croise quelqu’un. « Come on », « GO GO GO Antoine! », « Almost there! », ça fait plaisir!

A un moment un randonneur nous informe qu’il y a des bières à l’arrivée, tout de suite une discussion bière saucisson s’engage avec le coureur qui me suit de près depuis plusieurs minutes. Quand je pense que beaucoup de mes amis et connaissances s’imaginent que le trail est une sorte d’ascèse, que je ne mange que du quinoa et des baies de goji… Cette discussion nous fait du  bien à tous les deux mais le gars finit par me doubler, il a surement mieux géré sa course et n’est pas dans le même état d’épuisement que moi.

Enfin les derniers lacets arrivent, puis un gros névés se dresse sur ma route, la trace est bien faite et la neige pas trop dure. Je suis quand même content d’avoir mes bâtons pour ne pas tomber.

A la sortie du névé le public est là en masse, il ne reste plus que 500M avant la ligne d’arrivée, une dernière toute petite montée d’une cinquantaine de mètres, je n’arrive pas à courir, à chaque fois que je relance j’ai des crampes foudroyantes. enfin la dernière petite descente avant de remonter sur la ligne d’arrivée. J’arrive à courir, je prends mes bâtons dans une main et profite de ce moment magique. Plus de douleur, plus de crampes, je prends tout ce que je peux de cette dernière ligne droite. Enfin les 30 derniers mètres en montée (l’arrivée est située sur une petite butte en face du téléphérique). J’ai de nouveaux des crampes, un concurrent me double au dernier moment, j’entends le speaker annoncer que c’est le premier V3! C’est à dire que je viens de me faire doubler par un gars de plus de 55 ans ! Je m’en fous pour être honnête, une fois la ligne passée je le félicite, j’aimerai être encore dans cette forme à son âge, je suis en admiration.

La bière promise est bien là! je la savoure et vais m’allonger un peu plus loin dans l’herbe. Je l’ai fait! Maintenant place au repos! Ma cheville droite ne m’a pas trop fait souffrir, c’est une bonne nouvelle!

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Simplicité et convivialité

Moi qui pensait m’inscrire sur le 90KM l’année prochaine, je vais encore attendre! L’objectif 90KM reste dans ma tête mais je préfère faire une meilleure préparation sur un nouveau trail de 50-60KM avant de me lancer dans l’aventure 90K du Mont-Blanc.

 

 

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